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Dernière mise à jour : · 21 min de lecture

En bref
L’Amazonie brésilienne a perdu environ 3 335 kilomètres carrés de forêt au cours des douze mois achevés en juillet 2026, le chiffre le plus bas depuis le début des relevés en 1988. La même semaine, des centaines d’incendies brûlaient dans des forêts protégées. Les satellites repèrent les défrichements, mais ce qui compte, c’est la réponse de l’Ibama : des embargos à distance qui coupent les exploitations illégalement défrichées des abattoirs et du crédit. Sous Jair Bolsonaro, les alertes continuaient d’arriver, mais l’agence n’a agi que sur 1,3 % d’entre elles. Les embargos ne peuvent pas éteindre les incendies. Un second tour de la présidentielle et un projet de loi en attente, qui exigerait un préavis avant tout embargo à distance, décideront si le record tiendra.

Le dimanche 11 octobre 2026, le ministre brésilien de l’Environnement, João Paulo Capobianco, a survolé avec des agents de contrôle les zones de l’Amazonie en flammes et a vu des centaines de feux au milieu d’une forêt protégée. Il est remonté en avion le mercredi. Il a ensuite déclaré à l’Associated Press : « Tout indique qu’il y a eu une action préméditée. » Le 21 octobre, la police fédérale a ouvert neuf enquêtes sur l’origine des incendies en Amazonas.

Deux jours après le second vol, le vendredi 16 octobre, Capobianco s’est présenté devant la presse à Brasília avec les chiffres de l’année de l’INPE, l’institut national de recherches spatiales du Brésil. Selon l’estimation de l’INPE, l’Amazonie brésilienne a perdu 3 335 kilomètres carrés de forêt au cours des douze mois achevés en juillet 2026, le chiffre le plus bas d’une série commencée en 1988. « C’est une baisse absolument stratosphérique… c’est comme un rêve », a dit le ministre. Le lendemain à 6 h 30, la pollution aux particules fines à Manaus, la plus grande ville de l’Amazonie brésilienne, atteignait 401,4 microgrammes par mètre cube, un niveau que la défense civile de la ville qualifie de « péssimo », c’est-à-dire exécrable.

Le précédent plancher, 4 571 km², remontait à 2011-2012. Le nouveau chiffre reste une estimation, établie à partir de 271 images satellitaires prioritaires sur les 516 qui couvrent la région, et l’INPE le révisera une fois les autres analysées. L’an dernier, la première estimation, 5 796 km², est descendue à 5 731 lors de sa consolidation, soit un écart de 65 km². Le nouveau chiffre se situe plus de 1 200 km² sous l’ancien record.

Ce chiffre compte bien au-delà du Brésil. La déforestation et les autres changements d’usage des terres sont la première source de gaz à effet de serre du pays, environ 40 % de ses émissions brutes. Et il tombe en pleine élection. Le second tour de la présidentielle, fixé au 25 octobre, opposait le président Luiz Inácio Lula da Silva au sénateur Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, et un sondage Datafolha réalisé du 20 au 22 octobre les donnait à égalité statistique. Le vainqueur prendra ses fonctions le 5 janvier 2027.

En une seule semaine, un système de surveillance conçu pour repérer les tronçonneuses avait livré son meilleur résultat tandis que la forêt brûlait, sous des feux que la surveillance et les embargos ne pouvaient à eux seuls éteindre. Le relevé satellitaire annuel de la déforestation amazonienne au Brésil remonte à près de quarante ans. Qu’est-ce qui a transformé ce relevé en moins d’arbres abattus, et quelle part en survivrait à un changement de mains ?

Du pixel à la ferme gelée

L’INPE fait fonctionner deux systèmes satellitaires au-dessus de l’Amazonie. PRODES produit le taux annuel officiel de déforestation, celui qu’a annoncé Capobianco. DETER envoie des alertes en quasi temps réel à l’Ibama, l’agence fédérale de l’environnement, afin que les inspecteurs puissent intervenir pendant que le défrichement est encore en cours.

Deux satellites, deux horloges

PRODES a démarré en 1988, et son année court d'août à juillet parce que le milieu de l'année est la période la moins nuageuse ; la fenêtre utile pour observer l'Amazonie va de mai à octobre, et en dehors, comme l'a expliqué un chercheur de l'INPE, tout est couvert de nuages. Il ne compte que les défrichements de plus de 6,25 hectares, soit un carré de 250 mètres de côté. Ce seuil a été fixé à l'époque où les analystes interprétaient encore des tirages papier d'images satellitaires, et l'INPE l'a conservé pour que chaque année reste comparable à la première. Gilberto Câmara, qui a dirigé l'INPE de 2005 à 2012, décrivait ainsi PRODES : « O Prodes faz uma espécie de contagem de mortes no cemitério », une sorte de décompte des morts au cimetière. Ce décompte, ajoutait-il en 2019, annonçait en décembre ce qui s'était passé jusqu'à un an et demi plus tôt. DETER, lancé en 2004, a été la réponse à cette lenteur. Il repérait d'abord les défrichements de plus de 25 hectares ; sa version actuelle les cartographie jusqu'à environ un hectare et transmet chaque jour ses données à l'Ibama. C'est un système d'alarme, et il ne voit pas à travers les nuages.

Si la répression peut tant en Amazonie, c’est que bien peu des défrichements qu’on y pratique résisteraient à une vérification des papiers. Quand le réseau de surveillance MapBiomas a confronté la surface défrichée en Amazonie en 2025 aux registres officiels, seuls 2,7 % de cette surface ne présentaient aucun indice d’irrégularité. Un indice pouvait être l’absence d’autorisation de suppression de la végétation, un chevauchement avec une aire strictement protégée ou une terre autochtone, un chevauchement avec les parties d’une exploitation que la loi oblige à rester boisées, ou un chevauchement avec une terre déjà sous embargo. Un indice n’est pas un verdict de justice. Il n’en reste pas moins que presque chaque défrichement en Amazonie porte au moins une marque sur laquelle un inspecteur pourrait agir, et la question qui reste ouverte est de savoir si quelqu’un le fait. Capobianco a avancé une raison qui distingue la région de la savane du Cerrado, plus au sud : une grande partie de l’Amazonie est constituée de terres publiques, alors que dans le Cerrado prédominent les exploitations privées, sur lesquelles la loi autorise le défrichement sous certaines conditions.

La procédure qui transforme une alerte en coût se déroule à peu près ainsi. L’Ibama reçoit les alertes de DETER et d’autres systèmes de télédétection et vérifie si la propriété disposait d’une autorisation de supprimer la végétation. Si ce n’est pas le cas, les inspecteurs imposent un embargo préventif. L’embargo peut précéder la procédure administrative au cours de laquelle le propriétaire conteste l’infraction et l’éventuelle amende. Pendant des années, cette vérification exigeait du monde sur le terrain : les inspecteurs devaient se rendre en personne dans chaque exploitation pour constater la destruction. L’Ibama a eu recours pour la première fois aux embargos à distance en 2016, mais la pratique n’a été véritablement structurée qu’à partir d’avril 2023 et a pris de l’ampleur en 2025. L’échelle de la tâche explique pourquoi. En mars 2026, l’Ascema, l’association des personnels fédéraux de l’environnement, recensait 752 agents de contrôle à l’Ibama, alors que DETER avait envoyé plus de 100 000 alertes de déforestation dans la région au cours des 24 mois précédents.

Un agent de l'Ibama marche avec des soldats en uniforme devant des véhicules d'intervention, dans une clairière en lisière de forêt
Des agents de l'Ibama, des soldats et des policiers militaires lors d'une inspection contre la déforestation illégale à Espigão do Oeste, au Rondônia, juillet 2018

Un embargo ne clôture rien. C’est une inscription dans les systèmes de l’État qui bloque la production sur la zone, et il agit par l’intermédiaire des entreprises qui traitent avec cette terre. Les abattoirs n’ont pas le droit d’acheter du bétail provenant de zones sous embargo. Depuis janvier 2025, les règles du crédit rural interdisent d’accorder un crédit rural à une exploitation agricole située sur une propriété frappée d’un embargo environnemental pour usage économique de terres défrichées illégalement, dès lors que l’embargo figure sur la liste publique de l’Ibama. Il existe des exceptions : les prêts destinés uniquement à restaurer la végétation native sur la zone sous embargo et, jusqu’au 30 juin 2027, d’autres prêts aux emprunteurs qui ont payé leurs amendes, clôturé la zone sous embargo et déposé un plan pour la restaurer. Personne n’arrête physiquement un tracteur. La restriction passe par les acheteurs et les prêteurs, tenus de consulter la liste.

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Les embargos à distance ont très vite allongé cette liste. En mai 2025, six mois avant que le Brésil n’accueille la COP30, le sommet sur le climat de Belém, l’Ibama a mené ce qu’on a appelé l’« embargão », le grand embargo : environ 70 000 hectares répartis sur 5 000 exploitations en Acre, en Amazonas, au Mato Grosso, au Rondônia et au Pará, placés sous embargo à distance en une seule opération. L’opération s’est heurtée à la résistance de responsables politiques, y compris de certains alliés de Lula. Le gouverneur du Pará, Helder Barbalho, s’est rendu à Brasília avec une délégation d’élus et d’éleveurs et a rencontré la direction du gouvernement pour tenter de freiner ces actions.

Les propriétaires ont aussi saisi la justice, et certains juges fédéraux leur ont donné raison, estimant que la méthode de l’Ibama ne respectait pas les garanties d’une procédure régulière. En octobre 2025, Flávio Dino, juge à la Cour suprême, statuant seul par une décision conservatoire, a suspendu 23 de ces affaires. Le décret qui a créé l’embargo préventif fait lui-même l’objet d’un recours devant la Cour. Faute de décision dans cette affaire, a estimé Dino, la constitutionnalité du décret devait être présumée.

Comment savoir que cela fonctionne

Avant DETER, repérer à temps les zones menacées pour pouvoir agir dépendait de signalements volontaires et anonymes. En 2004, le défrichement a atteint environ 27 700 km², et l’INPE a mis au point DETER à la demande du ministère de l’Environnement. Le premier gouvernement de Lula a lancé la même année un plan d’action pour la prévention et le contrôle de la déforestation en Amazonie, connu sous le nom de PPCDAm.

Un groupe d’économistes de la PUC-Rio, une université de Rio de Janeiro, et de la Climate Policy Initiative cherche depuis plus de dix ans à établir quelle partie de cette politique a produit l’effet. Le défrichement est passé de 27 000 km² en 2004 à 7 000 km² en 2009, une période où la baisse des prix agricoles a peut-être aussi dissuadé les agriculteurs d’ouvrir de nouvelles terres. Leur analyse a montré que les politiques de conservation avaient été efficaces en elles-mêmes. En 2008, le gouvernement a inscrit sur une liste noire les municipalités où l’on défrichait le plus, et les économistes ont constaté que cette inscription avait réduit la déforestation, principalement par la surveillance et l’application de la loi, sans effet sur la production agricole ni sur le crédit. À partir de la même année, le Conseil monétaire national a subordonné le crédit rural dans le biome amazonien à la preuve du respect des règles environnementales. La conclusion centrale des économistes porte sur DETER lui-même : la surveillance et les contrôles guidés par ses alertes freinent efficacement la déforestation.

Se servir des nuages pour mesurer un policier

Prouver que la répression réduit le défrichement est plus difficile qu'il n'y paraît. L'Ibama envoie ses inspecteurs là où le défrichement est le plus grave, si bien qu'une simple comparaison pourrait même laisser croire que les inspecteurs causent la déforestation. Les économistes avaient besoin d'un facteur qui déplace la répression pour des raisons sans rapport avec l'envie de défricher. Ils l'ont trouvé dans le ciel. DETER ne peut pas détecter un défrichement sous les nuages, il n'émet donc pas d'alerte à cet endroit, et les années où une municipalité était plus nuageuse, l'Ibama s'y présentait moins. Ces municipalités enregistraient alors davantage de défrichement l'année suivante. La couverture nuageuse est un accident météorologique. Les auteurs l'ont traitée comme ce que les économistes appellent une variation exogène de la présence des autorités, une source de changement qui vient de l'extérieur du système étudié. La méthode repose sur une hypothèse : que les nuages n'influent sur le défrichement de l'année suivante qu'à travers leur effet sur la répression. Si elle tient, le surcroît de défrichement dans les endroits nuageux est le prix de l'absence des inspecteurs.

Ces études s’arrêtent au plus tard en 2016. La baisse observée depuis 2022 est une autre question, et les éléments qui l’éclairent sont plus minces. Après avoir pris ses fonctions pour un troisième mandat en janvier 2023, Lula a relancé le PPCDAm et rétabli les sanctions contre les défrichements illégaux détectés par satellite, suspendues sous Bolsonaro, en plus de restrictions de crédit et de fonds supplémentaires pour les municipalités prioritaires qui réduisaient leurs pertes de forêt. Le défrichement a diminué chaque année depuis 2022, de 71,2 % en quatre ans. En mars 2026, Jair Schmitt, alors directeur de la protection environnementale de l’Ibama et aujourd’hui son président, a affirmé que l’embargo à distance avait fait reculer le regain de défrichement que les alertes DETER avaient commencé à signaler entre la fin de 2024 et le début de 2025. « A gente reverteu a alta », a-t-il dit : on a inversé la hausse. C’était son appréciation, en tant que responsable chargé de ce dossier. Aucune étude n’a encore mesuré quelle part de la baisse de 2023-2026 revient aux embargos, et trop de politiques ont changé en même temps pour leur en attribuer tout le mérite.

Un recoupement montre à la fois la portée et les lacunes. En examinant les sept années de 2019 à 2025, MapBiomas a constaté que 65 % de toute la surface défrichée au Brésil, et 67,6 % dans le biome amazonien, recoupent soit une autorisation de défricher, soit une trace d’action de contrôle. Il s’agit d’un recoupement cumulé avec les autorisations comme avec les actions de contrôle, et non d’un taux de sanction. Compté en nombre d’alertes de déforestation plutôt qu’en surface, le recoupement national tombe à 27,5 %, ce que MapBiomas attribue au fait que les contrôles ciblent en priorité les défrichements les plus étendus. MapBiomas prévient aussi que les registres fédéraux et étatiques qu’il a pu obtenir n’incluent peut-être pas toutes les autorisations et actions de contrôle, et que certains organismes des États publient des données incomplètes.

Là où la chaîne fuit

La première fuite se trouve dans le commerce du bétail, où un animal peut passer par plusieurs exploitations avant l’abattage. Une enquête de Human Rights Watch a établi que du bétail élevé sur des terres déboisées illégalement transitait par un système de « blanchiment » qui en dissimulait l’origine avant d’arriver chez l’industriel de la viande JBS. Une exploitation illégale du Pará peut vendre à des intermédiaires du Mato Grosso, qui approvisionnent à leur tour un abattoir de JBS à São Paulo. JBS s’était d’abord engagé à suivre ces fournisseurs indirects d’ici 2011 ; en novembre 2025, Human Rights Watch affirmait que le groupe ne parvenait toujours pas, en règle générale, à les identifier. JBS affirme que sa Transparent Livestock Platform étend ses contrôles aux fournisseurs indirects. La liste des embargos attrape l’exploitation qui y figure. Un animal qui a passé le début de sa vie sur celle-ci, puis a rejoint le pâturage d’un voisin en règle, arrive à l’abattoir depuis l’exploitation en règle.

Le crédit fuit aussi. L’interdiction de crédit ne s’applique qu’aux embargos inscrits sur la liste de l’Ibama, de sorte qu’une exploitation défrichée illégalement mais jamais mise sous embargo y échappe. Un second contrôle, plus large, devait combler cette lacune : les banques devraient consulter une liste officielle établie à partir des données PRODES et vérifier si de la végétation native avait été défrichée sur la propriété financée après le 31 juillet 2019, et, dans ce cas, exiger une autorisation ou un document de régularisation. Ce contrôle s’appliquait depuis avril 2026 aux propriétés de plus de quatre modules fiscaux, l’unité brésilienne de mesure de la taille des propriétés rurales. En mai 2026, le Conseil monétaire national l’a reporté. Il entre désormais en vigueur le 4 janvier 2027 pour les plus grandes propriétés, en juillet 2027 pour les propriétés moyennes et en janvier 2028 pour les plus petites. La première de ces dates tombe la veille de l’entrée en fonctions du prochain président. Des représentants de l’agro-industrie avaient déjà demandé à la Cour suprême, le 15 avril, de suspendre ces règles.

La troisième fuite, c’est le feu sur les terres publiques. Les terres publiques envahies et dépourvues de titres fonciers établis sont courantes en Amazonie. L’Ibama peut placer une telle zone sous embargo même lorsqu’il ne parvient pas à identifier le responsable, en publiant l’embargo au Journal officiel et en inscrivant la zone sur son site internet, et l’Observatório do Clima, un réseau brésilien consacré au climat, estime que l’embargo à distance y a été l’outil central contre l’accaparement des terres, la spéculation et l’ouverture illégale de nouvelles zones. Le feu, lui, est plus difficile à imputer à quelqu’un. Autour de Manaus, c’est sur des terres publiques de ce type qu’une grande partie des feux de 2026 a été détectée. L’Institut de recherche environnementale de l’Amazonie, l’Ipam, a constaté que les forêts publiques non affectées, cibles fréquentes des accapareurs de terres, concentraient 39 % des points chauds enregistrés dans la région de Manaus entre janvier et le 14 octobre. Ane Alencar, chercheuse à l’Ipam, en a expliqué la logique : « É mais fácil degradar a área com fogo sem ser pego, do que contratar pessoas para desmatar, usando trator e motosserra. » Il est plus facile de dégrader une zone par le feu sans se faire prendre que d’embaucher des gens pour la déboiser au tracteur et à la tronçonneuse.

L’objection la plus forte contre l’ensemble du système porte sur le droit à une procédure régulière. Un embargo frappe d’abord et écoute ensuite : une exploitation peut perdre ses acheteurs et son crédit avant que son propriétaire ait contesté les preuves. C’est sur ce fondement que les juges fédéraux qui ont levé des embargos ont estimé que la méthode de l’Ibama ne respectait pas les garanties d’une procédure régulière. Un projet de loi au Congrès, le PL 2.564/2025, fait de cette objection une loi. Son résumé officiel indique qu’il encadre les mesures administratives conservatoires et prévoit « a garantia à ampla defesa e ao contraditório », la garantie d’une défense pleine et entière et du contradictoire. Dans sa version initiale, il interdisait les embargos fondés uniquement sur la détection à distance. Le texte adopté par la Chambre des députés en mai 2026 a abandonné cette interdiction pure et simple, mais il exige une notification préalable de la personne mise en cause avant tout embargo ou toute autre mesure conservatoire fondés sur la détection à distance.

Les défenseurs du système actuel répondent sur le même terrain. L’embargo est préventif, et une procédure administrative assortie d’une défense le suit. Le juge de la Cour suprême qui a examiné les affaires fédérales a présumé le décret constitutionnel tant que le recours qui le visait était pendant. Et la note technique de l’Observatório do Clima sur le projet de loi expose ce que coûterait l’inversion de l’ordre : la notification préalable empêche l’État de réagir immédiatement et supprime l’un des principaux acquis du contrôle à distance, la rapidité avec laquelle il interrompt les dégâts. La note ajoute que le texte adopté ouvre la voie à des contestations en justice des restrictions de crédit, des règles de traçabilité et des accords sectoriels liés aux embargos. Le droit d’un agriculteur à être entendu avant une sanction et l’intérêt d’arrêter un défrichement avant que tombe l’hectare suivant tirent en sens contraire. Le texte de la Chambre tranche ce conflit en faveur de l’agriculteur.

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Quand les agences se sont arrêtées

Le plus bas historique a déjà été atteint, puis perdu. Après les 4 571 km² de 2011-2012, le défrichement a augmenté de 29 % pour atteindre 5 891 km² en 2012-2013, mettant fin à une baisse continue entamée en 2008. La hausse est survenue l’année qui a suivi la révision du Code forestier par le Congrès en 2012, une révision dont des chercheurs ont estimé qu’elle réduisait de 58 % la surface que les propriétaires auraient dû restaurer pour les forêts défrichées illégalement avant 2008. Cette concordance dans le temps ne suffit pas, à elle seule, à montrer que la loi révisée a causé la hausse.

Le second retournement est mieux documenté. PRODES est passé d’environ 7 500 km² sur l’année d’août 2017 à juillet 2018 à 10 129 km² sur l’année achevée en juillet 2019, une année de surveillance dont les sept derniers mois se sont déroulés sous Jair Bolsonaro, entré en fonctions en janvier 2019. À la mi-2019, DETER a montré une hausse de 88 % du défrichement en juin par rapport au même mois de l’année précédente, et le directeur de l’INPE, Ricardo Galvão, a été limogé. Les amendes infligées par l’Ibama dans tout le Brésil ont reculé de 29,4 % au cours des sept premiers mois de l’année. Le ministre de l’Environnement, Ricardo Salles, a déclaré que le système d’alerte « não se presta a medir volume de desmatamento, não é preciso e não faz comparações » : il ne se prêtait pas à mesurer le volume de la déforestation, n’était pas précis et ne faisait pas de comparaisons.

Pendant tout ce temps, les satellites ont continué de fonctionner, et les alertes ont continué d’arriver. Ce qui a changé, c’est ce que l’Ibama en faisait. Lorsque des chercheurs ont croisé les alertes de déforestation de 2019 et 2020 avec les registres de l’Ibama, ils ont constaté que l’agence avait dressé des procès-verbaux d’infraction ou imposé des embargos pour 1,3 % d’entre elles. « Ce n’est pas un manque d’information qui provoque l’inaction », a déclaré l’auteur principal, Marcondes Coelho-Junior. Sur l’année achevée en juillet 2021, le défrichement a atteint 13 038 km², son plus haut niveau depuis quinze ans. Au cours des quatre années PRODES de 2019 à 2022, dont la première s’est achevée sept mois après le début du mandat de Bolsonaro, l’Amazonie a perdu en moyenne environ 11 400 km² par an, près de 60 % de plus qu’au cours des quatre années précédentes. Pour donner un ordre de grandeur, les pires années, au milieu des années 1990, avaient approché 30 000 km².

Ce qu’un embargo ne peut pas arrêter

PRODES comptabilise la forêt perdue par dégradation répétée une fois la canopée entièrement disparue. Dans l’estimation préliminaire pour 2025, environ deux cinquièmes de la perte sont venus de cette voie, surtout par le feu, et ont été comptés dans le taux officiel. La dégradation qui s’arrête avant la perte complète de la canopée reste en dehors, aussi gravement que la forêt ait été endommagée.

Le feu exige trois tâches distinctes : empêcher les gens de l’allumer, punir après coup les brûlages illégaux et éteindre un incendie déjà en cours. Douglas Morton, spécialiste du système Terre à la NASA, explique que les grands incendies près de Santarém et de Manaus en octobre 2026 ont commencé comme des feux agricoles, allumés pour débarrasser les pâturages des arbustes ou les champs de leurs cultures, qui se sont échappés et ont brûlé librement dans le sous-bois desséché de la forêt tropicale. La foudre, note-t-il, y déclenche moins de 1 % des feux. La répression atteint bien le feu. En septembre et en octobre, l’Ibama a mené dans le sud-ouest du Pará 49 opérations de contrôle qui se sont soldées par des amendes, des embargos et des suspensions d’activité. Mais un embargo ne peut pas éteindre un incendie déjà en cours. Cette tâche est revenue aux 522 pompiers et agents que l’Ibama et l’ICMBio, l’organisme qui gère les aires protégées fédérales, avaient déployés au Pará au 22 octobre. À cette date, les équipes fédérales avaient éteint 184 incendies de forêt dans l’État.

Des pompiers en uniforme Prevfogo Ibama et des soldats équipés de sacs à dos progressent dans la fumée au milieu des sous-bois brûlés
Des pompiers du Prevfogo/Ibama et des soldats luttent contre un incendie au Rondônia lors de l'Operação Verde Brasil, août 2019

Les chiffres d’octobre viennent chacun avec leur propre carte. À Manaus et dans les 18 municipalités qui l’entourent, l’Ipam a compté 5 598 points chauds entre le 4 et le 14 octobre, 321 % de plus qu’au cours des 11 jours précédents. Un point chaud est la détection d’une source de chaleur par un satellite, non un décompte d’incendies ni de surface brûlée. La période commençait le jour du premier tour de l’élection, et Alencar a pris soin de préciser ce que cela signifiait. Elle ne s’était pas rendue sur place pour vérifier l’existence d’un mobile politique, a-t-elle dit, « mas os dados mostram uma coincidência » : mais les données montrent une concomitance. Au Pará, l’INPE a détecté 2 991 points chauds du 14 au 20 octobre, 610 de plus que la semaine précédente. La Coiab, l’organisme de coordination des organisations autochtones de l’Amazonie brésilienne, a indiqué qu’entre juillet et le 20 octobre, les feux avaient atteint 12 territoires autochtones en Amazonas. En Amazonie brésilienne, moins de 2 % des terres autochtones ont été défrichées, contre plus de 27 % des terres situées en dehors.

À l’échelle de tout le bassin, le feu rivalise désormais avec la tronçonneuse. En 2024, dans l’ensemble des pays amazoniens, les forêts incendiées ont rejeté, selon les estimations, 791 millions de tonnes de dioxyde de carbone, à 86 millions près, davantage que les 625 millions estimés (à 38 millions près) dus à la déforestation. Morton s’attend à ce que la sécheresse et le risque d’incendie culminent dans le sud de l’Amazonie vers août et septembre 2027. Les deux problèmes sont liés : moins de défrichement laisse moins de combustible aux incendies incontrôlés, et une forêt déjà calcinée par des feux antérieurs brûle plus facilement la fois suivante. Une modélisation publiée en mai 2026 a montré que, sans même tenir compte de la déforestation, jusqu’à un tiers de la forêt amazonienne risque de perdre sa stabilité au-delà de 3,7 à 4,0 °C de réchauffement planétaire. Avec une déforestation de 22 à 28 %, un réchauffement de 1,5 à 1,9 °C au-dessus des niveaux préindustriels pourrait engager 62 à 77 % de la surface forestière sur la voie d’une bascule vers un état dégradé, un changement qui pourrait prendre de quelques décennies à quelques siècles pour s’accomplir. Environ 17 à 18 % de l’Amazonie ont déjà été défrichés.

Le vote et le projet de loi

Le signal le plus récent est précoce et appelle la prudence. Les données brutes de DETER à l’INPE font état de 898 km² d’alertes de déforestation entre le 1er août et le 16 octobre 2026, contre 770 km² sur la même période de 2025. Ce sont des alertes des premiers mois d’une nouvelle année de surveillance, pas le taux. La dernière fois que le Brésil est allé aux urnes, en 2022, les alertes ont bondi à partir d’août. Giovana Girardi, chroniqueuse à Agência Pública, a interprété ce bond comme le signe que les contrevenants agissaient librement en prévision de la victoire possible d’un gouvernement moins permissif. C’est sa lecture de 2022, et rien dans les données arrêtées au 16 octobre ne montrait que la même chose se produisait en 2026.

Le second tour est la première décision. Le programme de Flávio Bolsonaro promet de renforcer la surveillance environnementale en Amazonie, de concentrer la répression sur le crime organisé plutôt que sur les travailleurs extractivistes et les petits agriculteurs, et de mettre fin à la « déforestation illégale » d’ici 2029. Lors d’un meeting de campagne à Marabá, au Pará, le 19 octobre, il a promis : « Esses entraves ambientais que existem, principalmente por razões ideológicas, a gente vai acabar », autrement dit qu’il mettrait fin aux entraves environnementales qui existent surtout pour des raisons idéologiques. Il n’a pas dit lesquelles. Aux propriétaires terriens, il a dit « você vai poder plantar, criar gado, vai fazer o que quiser na sua terra » : ils pourraient planter, élever du bétail et faire ce qu’ils voudraient sur leur terre. Ce qui est illégal n’est pas figé : ce sont les lois qui fixent l’ampleur du défrichement autorisé, et les alliés de Bolsonaro au Congrès ont poussé à légaliser le défrichement dans davantage de cas. Son parti, le PL, a remporté le 4 octobre 121 des 513 sièges de la Chambre des députés, le groupe le plus nombreux.

L’objectif affiché de Lula est « zéro déforestation illégale d’ici 2030 ». Son propre gouvernement a aussi poussé la BR-319, une route qui traverse une forêt préservée en Amazonas. Le 13 avril 2026, il a lancé des appels d’offres pour des travaux sur cette route, en exploitant une faille de la nouvelle loi sur les licences environnementales, que Lula avait frappée de veto et que le Congrès avait rétablie. Un juge fédéral a suspendu les appels d’offres le 28 avril ; le président du tribunal régional fédéral les a rétablis le soir même, et au 24 octobre le fond de l’affaire n’avait pas été jugé. Le nouveau mandat commence au milieu d’une année PRODES qui court jusqu’en juillet.

La seconde décision se joue au Sénat. Au 24 octobre 2026, le PL 2.564/2025 se trouvait entre les mains de son rapporteur, le sénateur Jaques Wagner, à la commission de la justice, où il lui avait été confié le 18 août. Le texte devait ensuite passer devant la commission de l’environnement, et aucun vote n’avait été enregistré. L’Observatório do Clima prévient que la notification préalable exigée par le texte de la Chambre ferait le plus de dégâts sur les terres publiques envahies et sans titres établis, le type de terres où une grande partie des feux de la région de Manaus a brûlé cette année.

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Citer cet article
Johan Karlsson. “Comment le Brésil a ramené la déforestation en Amazonie à un plus bas historique, et ce qui pourrait défaire cet acquis.” Eikleaf, 24 octobre 2026, mis à jour 25 octobre 2026. https://www.eikleaf.com/fr/how-brazil-cut-amazon-deforestation-to-a-record-low-and-what-could-undo-it/

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Médias

La forêt amazonienne vue depuis l'ISS – Wikimedia Commons (Photo : Alexander Gerst, CC BY 2.0)

Espigão do Oeste, Rondônia – Wikimedia Commons (Photo : Fernando Augusto/Ibama, CC BY-SA 2.0)

Operação Verde Brasil, Rondônia – Wikimedia Commons (Photo : Ibama, CC BY-SA 2.0)

Principales sources et références

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